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Depuis Kamakura, Méditation d’automne sur le Shin Jin Mei

mercredi 7 octobre 2015

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Méditation d’automne à Kamakura

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Photo de Josiane Delaporte-Digard


Ici au Japon, l’automne s’empourpre : les feuilles d’érable rougissent. Ce week-end, dans Kamakura, l’ancienne capitale nippone dont les feux artistiques brulent encore, devant un bouddha de bronze nous avons relu le Shin Jin Mei, texte de Sengtsan vers les années 600, merveilleusement frais des siècles passés. Un enseignement en forme d’héritage.

Josiane et Alain Delaporte-Digard


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Automne au Japon
les érables s’enflamment...


SHIN JIN MEI


La Parfaite Voie ne connaît nulle difficulté

Sinon qu’elle se refuse à tout attachement.

Ce n’est qu’une fois libérée de la haine et de l’amour

Qu’elle se révèle pleinement et sans masque.


Une différence d’un dixième de pouce d’avec elle

Et le ciel et la terre se trouvent séparés.

Si vous voulez voir la Parfaite Voie manifestée,

Ne concevez aucune pensée ni pour ni contre quoi que ce soit.

Opposer ce que vous aimez à ce que vous n’aimez pas

Voilà la maladie de l’esprit.


Lorsque le sens profond (de la Voie) n’est pas compris

La paix de l’esprit est troublée et rien n’est gagné.

La Voie est parfaite comme le vaste espace,

Rien n’y manque, rien n’y est superflu.


C’est parce que l’on fait un choix

Que sa vérité absolue se trouve perdue de vue.

Ne poursuivez pas les complications extérieures,

Ne vous attardez pas dans le vide intérieur.


Lorsque l’esprit reste serein dans l’unité des choses

Le dualisme s’évanouit de lui-même.

Et quand l’unité des choses

N’est pas comprise jusqu’au fond,

De deux façons la perte est supposée.


Le déni de la Réalité peut conduire à son absolue négation,

Alors que le fait de soutenir le Vide

Peut résulter en une contradiction avec soi-même.


Phraséologie, jeux de l’intellect, plus nous nous y adonnons

Et plus loin nous nous égarons.

Eloignons nous donc de la phraséologie

Et des jeux de l’intellect.


Il n’est nulle place où

Nous ne puissions librement passer ;

Lorsque nous remontons à la racine

Nous obtenons le Sens.

Lorsque nous poursuivons les objets extérieurs

Nous perdons la raison.


Au moment où nous sommes Illuminés en nous-mêmes

Nous dépassons le vide du monde qui s’oppose à nous.

Les transformations qui se déroulent dans le monde vide

Qui se trouve devant nous semblent toutes réelles

A cause de l’Ignorance.


N’essayez pas de chercher la Vérité,

Cessez simplement de vous attacher à des opinions.

Ne vous attardez pas dans le dualisme,

Evitez avec soin de le poursuivre.

Aussitôt que vous pensez en bien et en mal

La confusion s’ensuit et l’esprit est perdu.


Dans l’unité du Vide, les deux sont un

Et chacun des deux contient en soi

Toutes les dix mille choses.

Lorsque nulle discrimination n’est faite entre ceci et cela,

Comment une vision partiale et préconçue peut-elle surgir ?


La grande Voie est calme et large d’esprit,

Rien n’est facile, rien n’est dur.

Les petites opinions sont irrésolues,

Plus elles sont hâtivement adoptées

Et plus tard elles disparaissent.


L’attachement passionnel ne reste

Jamais dans de justes limites,

Il est sûr de se lancer dans la fausse voie.

Lâchez prise, laissez les choses comme elles sont

Leur essence ne part et ne subsiste pas.


Obéissez à la nature des choses

Et vous êtes en accord avec la Voie,

Calme, détendu, exempt de tout ennui.


Mais quand vos pensées sont liées,

Vous vous détournez de la Vérité ;

Elles deviennent plus lourdes,

Plus sombres et cessent d’être saines.

Et lorsqu’elles ne sont pas saines, l’âme est troublée.


Quel avantage y a-t-il à avoir l’esprit partial et préconçu ?

Si vous désirez parcourir le chemin du Grand Véhicule,

N’ayez aucun préjugé contre les six objets des sens.

Lorsque vous n’aurez plus de préjugés

Contre les six objets des sens,

Vous vous identifierez à votre tour avec l’Illumination.


Les sages sont non-agissants,

Alors que les ignorants s’enchaînent eux-mêmes.

Tandis que dans le Dharma lui-même

Il n’y a nulle individualisation (ou ego).


Ils s’attachent par ignorance aux objets particuliers,

Car ce sont leurs propres esprits qui créent les illusions.

N’est-ce pas là la plus grande des contradictions ?


L’ignorance suscite le dualisme du repos et du non-repos,

Ainsi, ceux qui sont Illuminés n’ont ni attachement ni répulsion.

Toutes les formes du dualisme,

C’est l’esprit lui-même qui les invente par ignorance.

Elles sont comme des visions et des fleurs dans les airs.


Pourquoi nous mettrions-nous dans le trouble

En essayant de les saisir ?

Gain et perte, justice et injustice,

Qu’ils disparaissent une fois pour toutes !


Si un oeil ne tombe jamais endormi

Tous les rêves cesseront d’eux-mêmes :

Si l’esprit conserve son unité.

Les dix milles choses sont d’une seule et même essence.


Lorsque le profond mystère de cette essence est sondé

D’un seul coup, nous oublions les complications extérieures.

Lorsque les dix mille choses

Sont envisagées dans leur unité,

Nous retournons à l’origine de ce que nous sommes.


L’ultime but des choses,

Là où elles ne peuvent pas aller plus loin,

N’est pas limité par les règles et les mesures.

L’esprit en harmonie avec la Voie

Est le principe d’identité.

Dans un état de quiétude.


Les irrésolutions sont complètement chassées

Et la juste confiance est restaurée dans sa droiture originelle.

Rien n’est retenu maintenant,

Il n’est plus rien dont on doive se souvenir,

Tout est vide, limpide

Et porte en soi un principe d’Illumination.


Il n’y a pas de tâche, pas d’effort,

Ni de gaspillage d’énergie.

Voici où la pensée ne parvient jamais,

Voici où l’imagination ne parvient pas à évoluer.

Dans le plus haut royaume de l’Essence Vraie,


Il n’y a ni Autre ni Soi.

Lorsqu’on réclame une identification directe,

Nous ne pouvons que dire " pas deux ".

Et n’étant pas deux, tout est le même

Et tout ce qui est s’y trouve compris,

Dans les dix quartiers de la terre.


Tous les sages entrent dans cette confiance absolue.

Cette confiance absolue est au-delà du temps et de l’espace

Un instant y est dix mille années,

Peu importe comment les choses sont conditionnées

Que ce ne soit pas " être " ou " ne pas être ",

Tout cela est manifeste partout devant vous.


L’infiniment petit est aussi vaste que peut être l’immensité

Lorsque les conditions extérieures sont oubliées :

L’infiniment grand est aussi petit

Que l’infiniment petit peut l’être.


Lorsque les limites objectives sont reléguées hors de la vue,

Ce qui est, est la même chose que ce qui n’est pas,

Ce qui n’est pas est la même chose que ce qui est.

Lorsque cet état de choses manque de se produire,

Ne vous attardez surtout pas.


Un en Tout - Tout en Un !

Si seulement cela est réalisé,

Ne vous tourmentez plus alors sur votre imperfection.

L’esprit confiant n’est pas divisé

Et indivisé est l’esprit confiant.


C’est là que les mots sont impuissants,

Car, cela n’est ni du passé, ni du futur ni du présent.

Ainsi, nous ne pouvons pas dire " pas de Dualité ".


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