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Bouddha, Dharma, Sangha

La prise de refuge

lundi 19 mars 2012

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Bouddha, Dharma, Sangha

Quand les gens demandent : « Que faut-il faire pour devenir bouddhiste ? », nous disons que nous prenons refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha. Et que pour prendre refuge, nous récitons une formule en Pali :

Buddham saranam gacchami
Je prends refuge dans le Bouddha
Dhammam saranam gacchami
Je prends refuge dans le Dharma
Sangham saranam gacchami
Je prends refuge dans le Sangha

Au fur et à mesure que nous pratiquons et commençons à réaliser la profondeur des enseignements du Bouddha, cela devient un véritable plaisir que de prendre ces refuges, et même leur seule récitation suffit à inspirer l’esprit. Après vingt-deux années de vie de moine, j’aime encore psalmodier «  Buddham saranam gacchami  » - plus encore qu’il y a vingt et un ans - car alors cela ne voulait pas dire grand-chose pour moi ; je récitais parce qu’il le fallait et parce que cela faisait partie de la tradition. Prendre simplement et verbalement refuge en le Bouddha ne signifie pas que vous prenez refuge en n’importe quoi : un perroquet pourraient être éduqué à dire « Buddham saranam gacchami », et cela aurait sans doute autant de sens pour ce perroquet que pour de nombreux bouddhistes. Ces mots incitent à la réflexion ; ils nous invitent à les regarder et à étudier effectivement ce qu’ils veulent dire : que signifie « refuge » ? Que signifie « Bouddha » ? Quand nous disons : « Je prends refuge en le Bouddha », qu’entendons-nous par là ? Comment pouvons-nous utiliser cela pour qu’il ne s’agisse pas seulement d’une répétition de syllabes sans signification, mais de quelque chose qui aide vraiment à nous rappeler, à nous orienter , à augmenter notre dévouement et notre engagement dans la voie du Bouddha ?

Le mot « Bouddha » est un joli mot - il signifie « Celui qui sait » et le premier refuge est dans le Bouddha en tant qu’incarnation de la sagesse. La sagesse non personnifiée reste trop abstraite pour nous : nous ne pouvons pas concevoir une sagesse sans corps, sans âme, et comme la sagesse semble toujours être une qualité personnelle, utiliser le Bouddha comme son symbole s’avère très utile.

Nous pouvons utiliser le mot Bouddha pour nous référer à Gautama, le fondateur de ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de bouddhisme, le sage historique qui atteignit Parinibbana en Inde il y a 2500 ans, l’enseignant des Quatre Nobles Vérités et du Sentier Octuple, enseignements dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Mais quand nous prenons refuge dans le Bouddha, cela ne signifie pas que nous prenons refuge en quelque prophète historique, mais plutôt en ce qui est sage dans l’univers, en nos esprits, en ce qui n’est pas séparé de nous, et qui est plus réel que tout ce nous pouvons concevoir par l’esprit ou par l’expérience des sens. Sans aucune sagesse de Bouddha dans l’univers, la vie, quelque soit sa durée, serait totalement impossible ; c’est la sagesse de Bouddha qui protège. Nous appelons cela la sagesse de Bouddha, d’autres personnes l’appellent autrement s’ils le souhaitent, ce ne sont que des mots. Il se trouve que nous utilisons les mots de notre tradition. Nous n’allons pas débattre des mots Pali, des mots sanscrit, hébreu, grec, latin, anglais ou autres, nous utilisons seulement le terme de sagesse du Bouddha comme un symbole conventionnel destiné à nous rappeler d’être sage, vigilant et éveillé.

De nombreux Bhikkhus de la forêt, dans le Nord-Est de la Thaïlande, utilisent le mot « Buddho » comme objet de méditation. Ils l’utilisent comme une sorte de koan. Tout d’abord, ils calment l’esprit en suivant leurs inspirations et expirations tout en utilisant les syllabes BUD-DHO, et ensuite, ils débutent leur contemplation ; « Qu’est-ce que le Buddho, celui qui sait » ? « Qu’est ce que savoir » ?

Quand j’avais l’habitude de voyager à travers le Nord-Est de la Thaïlande, au tudong, j’aimais me rendre et séjourner au monastère de Ajahn Fun. Ajahn Fun était une personne qu’on aimait beaucoup et un moine profondément respecté. Maître de la famille royale, il était si populaire qu’il recevait constamment des invités. Je m’asseyais dans son Kuti (hutte) et je l’écoutais nous donner l’enseignement du dharma sous les formes les plus étonnantes , toujours sur le thème du « Buddho » -et aussi loin que je me souvienne, il n’a jamais enseigné autre chose que cela. Il pouvait transformer ce thème en une méditation véritablement profonde, qu’il s’adresse à un paysan illettré ou à un élégant aristocrate Thaï pétri d’éducation occidentale. La majeure partie de son enseignement consistait à ne pas se contenter de répéter mécaniquement « Buddho », mais à réfléchir et à rechercher, à éveiller l’esprit pour véritablement observer à l’intérieur de « Buddho, celui qui sait », à véritablement examiner son début, sa fin, le dessus et le dessous, de manière à ce que la totalité de l’attention soit focalisée sur « Buddho ». Quand on faisait cela, « Buddho » devenait quelque chose qui trouvait un écho dans l’esprit. On pouvait l’examiner, le regarder, le décortiquer avant qu’il ne soit prononcé, après qu’il l’ait été, et éventuellement, on pouvait commencer à l’écouter et à l’entendre au-delà du son, jusqu’à ce que l’on ne perçoive plus que le silence.

Un refuge est un lieu sûr, et donc, lorsque des gens superstitieux venaient à mon professeur Ajahn Chah, en réclamant de jolis médaillons ou de petits talismans pour les protéger des balles, des couteaux, des fantômes et de tout ce qui s’en suit, il disait : « Pourquoi voulez-vous de ce genre de choses ? La seule protection réelle consiste à prendre refuge dans le Bouddha. Prendre refuge en le Bouddha est suffisant ». Mais leur foi en Bouddha n’était en général pas aussi forte que leur foi en ces stupides médaillons. Ils voulaient une chose en bronze et en argile, qui soit estampillée et bénie. C’est ce qu’on appelle prendre refuge dans le bronze et l’argile, prendre refuge dans la superstition, prendre refuge dans ce qui est vraiment dangereux et qui ne peut pas vraiment nous aider.

Dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, nous constatons que les gens sont généralement plus sophistiqués. Ils ne prennent pas refuge dans les charmes magiques, ils se réfugient dans des choses telles que la Westminster Bank, mais cela revient toujours à prendre refuge dans une chose qui n’offre aucune sécurité. La prise de refuge en le Bouddha, en la sagesse, signifie que nous sommes en un lieu sûr. Quand il y a de la sagesse, quand nous agissons de manière sage et que nous vivons avec sagesse, nous sommes véritablement en sécurité. Les conditions qui nous entourent peuvent changer. Nous ne pouvons pas garantir ce qu’il adviendra des conditions de vie matérielles habituelles, ni même que la Westminster Bank survivra à la décennie. L’avenir demeure inconnu et mystérieux, mais dans le présent, en prenant refuge dans le Bouddha, nous avons cette présence d’esprit qui permet de réfléchir à la vie et d’apprendre d’elle, maintenant, en la vivant.

Sagesse ne signifie pas avoir beaucoup de connaissances sur le monde ; nous n’avons pas à fréquenter l’université et à collectionner des informations sur le monde afin d’être sage. La sagesse consiste à connaître la nature des conditions que nous rencontrons quand nous en faisons l’expérience. C’est ne pas de se faire piéger en réagissant à ces conditions de notre corps et de notre esprit, en étant submergé par elles, par habitude, par peur, ou à cause de l’inquiétude, du doute, de la cupidité et ainsi de suite, mais c’est, en utilisant le « Buddho », « celui qui sait », d’observer que ces conditions changent. C’est la connaissance de ce changement que nous appelons le Bouddha et en laquelle nous prenons refuge. Nous ne nous réclamons pas du Bouddha comme étant « moi » ou « mien ». Nous ne disons pas : « Je suis Bouddha », mais plutôt : « Je prends refuge dans le Bouddha ». C’est une façon de se soumettre humblement à cette sagesse, d’être conscient et éveillé.

Bien que dans un sens, la prise de refuge soit quelque chose que nous faisons tout le temps, la formule Pali que nous utilisons est un rappel - parce que nous oublions, parce que nous prenons habituellement refuge dans l’inquiétude, le doute, la peur, la colère, l’avidité et ainsi de suite. L’image du Bouddha est similaire : quand nous nous inclinons devant elle, nous n’imaginons pas que ce soit autre chose qu’une image en bronze, ou un symbole. C’est un reflet qui nous rend un peu plus conscient de Bouddha, de notre prise de refuge en le Bouddha, le Dharma et le Sangha. Le Bouddha-image est assis avec calme et grande dignité, il n’est pas en transe, mais entièrement présent, le regard éveillé et plein de bonté, sans offrir aucune prise à l’évolution de la situation autour de lui. Le fait que l’image soit en laiton et que nous ayons ces corps de chair et de sang rend les choses beaucoup plus difficiles pour nous, et cela reste encore un rappel. Certaines personnes deviennent très puritaines au sujet de ces Bouddha-images, mais ici, en Occident, je n’ai pas trouvé qu’elles représentaient un danger. Les véritables idoles en lesquelles nous croyons, dont nous pratiquons le culte et qui nous dupent constamment, sont nos pensées, nos idées et nos opinions, nos amours et nos haines, notre autosuffisance et notre orgueil.

Le second refuge est le Dharma, la vérité ou la réalité ultime. Le Dharma est impersonnel ; nous n’essayons pas, d’aucune manière, de le personnifier pour en faire une sorte de divinité personnelle. Quand nous psalmodions en pali le verset du Dharma, nous disons qu’il est « sanditthiko akaliko ehipassiko opanayiko paccattam veditabbo vinnuhi ». Comme le Dharma n’a pas d’attributs personnels, nous ne pouvons même pas dire qu’il est bon ou mauvais ou quoique ce soit qui ait une qualité superlative ou comparative ; il est au-delà des conceptions dualistes de l’esprit.

Ainsi, lorsque nous décrivons le Dharma ou que nous en donnons une impression, nous le faisons avec des mots tels que « sanditthiko », qui signifie immanent, ici et maintenant. Cela nous ramène au présent, nous ressentons un sentiment d’immédiateté, de maintenant. Vous pouvez penser que le Dharma est une sorte de chose qui est « là-bas », quelque chose que vous devez trouver ailleurs, mais sanditthikodhamma signifie qu’il est immanent, ici et maintenant.

Akalikadhamma signifie que le Dharma n’est lié à aucune condition temporelle. Le mot akala signifie intemporel. Notre esprit conceptuel ne peut pas concevoir quoique ce soit d’intemporel, parce que nos conceptions et nos perceptions sont basées sur des conditions temporelles, mais ce que nous pouvons dire, c’est que le Dharma est akala, indépendant du temps.

Ehipassikadhamma signifie venir et voir, se tourner ou aller vers le Dharma. Cela signifie regarder, être conscient. Ce n’est pas que nous prions le Dharma de venir, ou que nous attendons qu’il nous tape sur l’épaule ; nous devons produire un effort. C’est identique à la parole du Christ : « Frappez à la porte et on vous ouvrira ». Ehipassiko signifie que nous devons fournir cet effort, et nous tourner vers cette vérité.

Opanayiko signifie menant vers l’intérieur, vers la paix de l’esprit. Le Dharma ne nous amène pas dans la fascination, dans l’excitation, dans la romance et l’aventure, mais il conduit au nibbána, au calme, au silence.

Paccattam veditabbo vinnuhi indique que nous ne pouvons pas connaître le Dharma autrement que par l’expérience directe. C’est comme le goût du miel - si quelqu’un d’autre le goûte, on ne connaît toujours pas sa saveur. Nous pouvons en connaître la formule chimique ou être capable de réciter toutes les plus grandes poésies jamais écrites sur le miel, ce n’est que lorsque nous y avons goûté par nous-mêmes que nous savons vraiment ce qu’il en est. C’est la même chose avec le Dharma : nous devons y goûter, nous devons le connaître directement.

Prendre refuge en le Dharma, c’est prendre un autre refuge sûr. Ce n’est pas prendre refuge dans la philosophie ou les concepts intellectuels, dans les théories, les idées, les doctrines ou les croyances de toutes sortes. Ce n’est pas prendre refuge dans une croyance en le Dharma, ou dans une croyance en un Dieu ou en quelque force de l’espace ou en quelque chose de l’au-delà ou de séparé, et que nous devons trouver un peu plus tard. Les descriptions du Dharma nous maintiennent dans le présent, dans l’ici et le maintenant, sans lien avec le temps. Prendre refuge est une réflexion immanente et immédiate de l’esprit, ce n’est pas simplement répéter « Dhammam Saranam gacchâmi » comme un perroquet, en pensant : « les bouddhistes disent cela alors je dois le dire ». Nous nous tournons vers le Dharma, nous sommes conscients maintenant, nous prenons refuge dans le Dharma, c’est une action immédiate, là, maintenant, et une réflexion immédiate sur le fait d’être le Dhamma, d’être cette vérité.

Parce que notre esprit concepteur à toujours tendance à nous leurrer, il nous entraîne dans le devenir. Nous pensons « je vais pratiquer la méditation, ainsi je deviendrai éveillé dans le futur. Je vais prendre les trois refuges afin de devenir un bouddhiste. Je veux devenir sage. Je veux sortir de la souffrance et de l’ignorance et devenir quelque chose d’autre ». Voilà l’esprit qui conçoit, l’esprit désir, le mental qui nous trompe toujours. Plutôt que de penser constamment en termes de devenir quelque chose, nous prenons refuge en étant le Dharma dans le présent.

L’impersonnalité du Dharma dérange beaucoup de gens, parce que les religions de dévotion ont tendance à tout personnifier et que les personnes venant de ces traditions ne se sentent pas bien si elles ne peuvent pas avoir un genre de relation personnelle avec lui. Je me souviens qu’une fois, un missionnaire catholique français était venu pour séjourner dans notre monastère et pratiquer la méditation. Il s’est senti comme s’il perdait quelque chose avec le bouddhisme, car il a dit que le bouddhisme était comme « chirurgie froide », et qu’il n’y avait pas de relation personnelle avec Dieu. On ne peut pas avoir de relation personnelle avec le Dharma, on ne peut pas dire « Aime le Dharma ! » ou « Le Dharma m’aime ! » ; il n’y pas besoin de ça. Nous avons seulement besoin d’une relation personnelle avec quelque chose que nous ne sommes pas, comme notre mère, notre père, notre mari ou notre femme, avec quelque chose qui est séparé de nous.

Nous n’avons pas besoin de prendre de nouveau refuge dans la mère ou le père, ou en quelqu’un pour nous protéger et nous aimer et dire « je t’aime quoique tu fasses. Tout ira bien », et pour nous faire tap tap sur la tête. Le Bouddha-Dharma est un refuge qui fait énormément mûrir ; c’est une pratique religieuse d’une maturité et d’un bon sens total, dans laquelle nous ne sommes plus à la recherche de la mère ou du père, parce que nous n’avons plus besoin de devenir quoique ce soit. Nous n’avons plus besoin d’être aimés ou protégés par qui que ce soit parce que nous pouvons aimer et protéger les autres, et c’est tout ce qui compte. Nous n’avons plus à demander des choses aux autres, qu’il s’agisse d’autres personnes ou même d’une divinité ou d’une force que nous ressentons séparée de nous et qu’il nous faut prier et à qui il faut demander conseil.

Nous abandonnons toutes nos tentatives de concevoir le Dharma comme étant ceci, cela, ou rien du tout, et nous nous libérons de notre désir d’entretenir une relation personnelle avec la vérité. Nous devons être cette vérité, ici et maintenant. Être cette vérité, prendre ce refuge, appelle une prise de conscience immédiate, celle d’être sage maintenant, d’être le Bouddha et le Dharma dans le présent.

Le troisième refuge est le Sangha, qui signifie groupe. Le « Sangha » peut être la Communauté des moines (l’ordre des moines) - ou le Ariya-Sangha, le groupe des Êtres Nobles, de tous ceux qui vivent vertueusement, en faisant le bien et en s’abstenant de faire le mal par l’action corporelle ou par la parole. Ici, prendre refuge en le Sangha avec « Sangham saranam gacchami » signifie que nous prenons refuge dans la vertu, dans ce qui est bon, honnête, gentil, compatissant et généreux. Nous ne prenons pas refuge dans ces choses de notre esprit, qui sont méchantes, mauvaises, cruelles, égoïstes, jalouses, haineuses, en colère - même s’il faut admettre que c’est ce que nous avons souvent tendance à faire, dans l’insouciance, l’absence de réflexion, de conscience, en réagissant seulement à certaines conditions. Le refuge dans le Sangha signifie, au niveau conventionnel, faire le bien et s’abstenir de faire le mal par l’action corporelle et par la parole.

Nous avons tous à la fois de bonnes ou de mauvaises pensées et intentions. Les sankharas (phénomènes conditionnés) sont ainsi, certains sont bons, d’autres ne le sont pas, certains sont indifférents, certains sont magnifiques et d’autres sont laids. Les conditions du monde sont des conditions changeantes. Nous ne pouvons pas avoir seulement les meilleures pensées, les plus raffinées et ne ressentir que les sentiments les meilleurs et les plus doux ; les pensées et les sentiments, bons ou mauvais, vont et viennent, mais nous prenons refuge dans la vertu, plutôt que dans la haine. Nous prenons refuge en chacun d’entre nous dans ce qui a l’intention de faire le bien, qui est compatissant, gentil et affectueux envers nous-mêmes et envers les autres.

Donc, le refuge dans le Sangha est un refuge très pratique au quotidien, à l’intérieur d’une forme humaine, de ce corps, en relation avec les corps des autres êtres et avec le monde physique dans lequel nous vivons. Quand nous prenons ce refuge, nous agissons de manière à ne pas provoquer la division, la discorde, la cruauté, la méchanceté ou la dureté en tout être vivant, y compris en nous-mêmes, en notre propre corps et notre propre esprit. Il s’agit d’être « supatipanno », celui qui pratique le bien.

Lorsque nous sommes conscients et attentifs, quand nous réfléchissons et que nous observons, nous commençons à voir que réagir à des impulsions cruelles et égoïstes n’apporte que dommages et misères, à nous-mêmes et aux autres. Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande capacité d’observation pour voir cela. Si vous avez rencontré des criminels dans votre vie, des gens ayant agi de manière égoïste et méchante, vous les avez trouvé constamment apeurés, obsédés, paranoïaques, soupçonneux, buvant beaucoup, prenant des médicaments, et se tenant toujours occupés à faire toutes sortes de choses, parce que vivre avec eux-mêmes est trop horrible. Cinq minutes seuls avec eux-mêmes sans dope ni boisson leur paraîtront un enfer éternel, parce que mentalement, le résultat karmique du mal est trop épouvantable. Même si elles ne sont jamais prises par la police ou envoyées en prison, ne pensez pas que ces personnes vont s’en tirer comme ça. En fait, les mettre en prison et les punir peut parfois s’avérer la meilleure des choses ; elle leur permet de mieux se sentir. Je n’ai jamais été un criminel, mais je suis parvenu à dire quelques mensonges et à faire quelques méchantes et vilaines choses dans ma vie, et les résultats étaient toujours désagréables. Même aujourd’hui quand je pense à ces choses, elles ne constituent pas un souvenir agréable, ce n’est pas quelque chose que je veux aller annoncer à tout le monde, et qui me procure de la joie lorsque j’y pense.

Quand nous méditons, nous réalisons que nous devons être entièrement responsable de la manière dont nous vivons. En aucune façon nous ne pouvons blâmer qui que ce soit pour quoique ce soit. Avant de pratiquer la méditation, j’avais l’habitude de blâmer les gens et la société : « Si seulement mes parents avaient été tout à fait avisé, des Arhats illuminés, tout irait bien. Si seulement les États-Unis d’Amérique avaient un gouvernement véritablement sage et compatissant qui n’avait jamais commis d’erreurs, s’il me soutenait et m’appréciait complètement… Si seulement mes amis faisaient preuve de sagesse et m’encourageaient, si les enseignants étaient de vrais sages, généreux et aimables... Si tout le monde autour de moi était parfait, si la société était parfaite, si le monde était sage et parfait, alors je n’aurais aucun de ces problèmes. Mais tous m’ont déçu ».

Mes parents avaient quelques défauts et ils ont commis quelques erreurs, mais maintenant, quand j’y repense, ils n’en faisaient pas beaucoup. A l’époque où je cherchais à blâmer les autres et où je tentais désespérément de penser aux défauts de mes parents, j’ai vraiment dû travailler sur moi-même. Ma génération fut excellente à tout mettre sur le dos des États-Unis, et c’était vraiment facile parce que les États-Unis font beaucoup d’erreurs.

Mais lorsque nous méditons, nous ne pouvons plus nous en tirer avec ce genre de mensonges à nous-mêmes. Nous nous rendons compte tout à coup que quoique les autres aient pu faire, aussi injuste que puisse être la société, et que quels que soient nos parents, nous ne pouvons en aucun cas passer le reste de nos vies à blâmer les autres – ce qui est une pure perte de temps. Nous devons accepter la responsabilité entière de notre vie, et la vivre. Même si nous avons eu des parents misérables, si nous avons été élevés dans une société terrible n’offrant aucune opportunité, cela n’a toujours pas la moindre importance. Il n’y a personne d’autre à blâmer pour notre souffrance, à part nous-mêmes, notre propre ignorance, égoïsme et orgueil.

La crucifixion de Jésus nous offre le brillant exemple d’un homme dans la douleur, à nu, dont on se moquait, complètement humilié, puis exécuté en public de la plus horrible et atroce manière, sans qu’il ait toutefois blâmé quiconque : « Pardonnez-leur, Seigneur, ils savent pas ce qu’ils font ». C’est un signe de sagesse - ce qui signifie que même si les gens nous crucifient, nous clouent sur la croix, nous flagellent, nous humilient de toutes les façons, ce sont notre aversion, notre apitoiement, notre mesquinerie et notre égoïsme qui constituent le problème, la souffrance. Ce n’est même pas la douleur physique qui est la souffrance, c’est l’aversion. Or, si Jésus-Christ avait dit : « Maudit sois-tu de me traiter comme ça !", Il aurait été comme tout autre criminel et on l’aurait oublié quelques jours plus tard.

Réfléchissez à cela, parce que nous avons tendance à facilement accuser les autres pour notre souffrance, et nous pouvons le justifier parce que peut-être il y a d’autres personnes qui nous maltraitent ou nous exploitent, qui ne nous comprennent pas ou nous font des choses terribles. Nous ne nions pas cela, mais cela ne nous apporte rien de plus. Nous pardonnons, nous laissons ces souvenirs s’évanouir, car prendre refuge en le Sangha signifie, ici et maintenant, faire le bien et s’abstenir de faire le mal par l’action corporelle et par la parole.

Donc, puissiez-vous réfléchir à cela et vraiment voir le Bouddha, le Dharma et le Sangha comme un refuge. Les regarder comme des possibilités de réflexion et de considération. Il ne s’agit pas de croire en le Bouddha, le Dharma et le Sangha - d’avoir une foi conceptuelle - mais de les utiliser comme des symboles de la vigilance, de l’éveil de l’esprit ici et maintenant, et d’être ici et maintenant.



Traduit de l’anglais par Marc AGATE

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