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Birmanie - Bouddhisme et culte des Esprits

mardi 16 octobre 2007

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La prophétie du Bouddha


"651 ans après mon parinirvana, un grand royaume verra le jour à cet endroit. La présence du Héron blanc et de la Corneille noire signifie que beaucoup de gens pratiqueront la charité et la vertu dans ce royaume ; bien sûr il y aura aussi de mauvaises gens sans vertu. La présence de l’esprit signifie que les habitants de ce royaume ne pratiqueront pas l’agriculture mais vivront du commerce et que leurs paroles ne seront pas celles de la vérité mais du mensonge. Quant au petit crapaud accroupi au pied de l’arbre, il signifie que les gens seront heureux. Pendant le règne du fondateur, un grand oiseau, un tigre, un sanglier et un écureuil volant usurperont le pouvoir. Mais un prince plein de puissance et de courage vaincra l’oiseau, le tigre, le sanglier et l’écureuil."


Bouddha aurait prononcé cette prophétie, après son illumination, à Bagan. Le site est né ainsi.

Le Culte des Esprits


La construction des monuments bouddhistes a commencé sous le règne du roi Anawrattha, après qu’il y ait rapporté les Saintes Ecritures ( à dos de 32 éléphants blancs).

En parallèle, il conserve le culte des esprits.

Bouddha et Nats sont associés, mais Bouddha prédomine.


Le culte des Nats, à Bagan, est très ancien. Ils ont été crées par le roi Thinlikyaung (344-387). Il aurait retiré de l’Irrawady, un arbre dans lequel étaient réfugiés un frère et une soeur Nat. A partir de l’arbre, on aurait sculpté deux statues et elles auraient été installées au sommet du Mont Popa.

Anawrattha poursuit le culte mais y apporte des modifications. Les Nats sont à l’origine 33 dieux venus de l’Inde, auxquels Bouddha a enseigné sa doctrine. Il fixe leur nombre à 36 plus leur roi Thagyamine.
Ces esprits sont des morts disparus de façon brutale, violente. Ils errent sous une forme désincarnée. Ce sont des opposants aux rois, leur histoire est liée au site de Bagan. Leur culte est crée par les souverains, responsables de leur mort, qui érigent des sanctuaires pour apaiser leur âme errante. Ils ont donc chacun une "maison" et font l’objet d’offrandes de fleurs, de nourriture et de vêtements. Si au fil du temps, les Nats ont changé, leur nombre reste invariable.

Des fêtes sont organisées en leur honneur. Ces Nat Pwé incitent les esprits à se manifester. Chaque Nat a son propre médium chargé de révéler les messages transmis.


Aujourd’hui encore le culte perdure.

Chaque année, au mois d’Avril, on célèbre la fête des Génies sur le Mont Popa. Ce lieu est la résidence de tous les Nats, dont les deux principaux sont Min Mara, le Seigneur de la Grande Montagne et sa soeur, Madame Face d’Or.


Laetitia Adeline pour www.buddhachannel.tv




P.-S.


AU COEUR DE LA MYSTIQUE BIRMANE : LE NAT


Qu’est-ce qu’un nat ? La question semble aussi simple et lisse en apparence que le peuple birman lui-même – et tout aussi complexe sous la surface. Le nat n’existe qu’en terre birmane. Le mot indique une déïté. Simplement, elle peut être anismiste, réincarnation ancestrale ou royale, émanation du panthéon hindouïste – le tout chapeauté par un bouddhisme pragmatique ; son culte se déroule à la pagode ; le nat s’invoque aussi à l’ombre d’un arbre, à l’autel du village et surtout à l’autel domestique ; il n’y a pas un nat ni le nat mais trente-sept - à tout le moins et ils sont protéïformes ; comme si au pays du bouddhisme Theravada (petit véhicule), l’on ne pouvait s’accommoder totalement de l’unicité du Bouddha (ou plus exactement comme si ce culte ne suffisait pas à combler le mysticisme festif des Birmans et leurs vœux journaliers et spécifiques) ; simple ?


Au plan linguistique, le terme dérive du sanskrit pali natha (seigneur ou gardien). Il est toutefois possible que le mot soit une reprise sankrite d’une expression indigène antérieure. Le culte pré-existe au bouddhisme. Sous ses formes anismistes premières, il date au minimum du début de notre ère.

On a ainsi tenté de séparer trois orientations au sein de ce culte : l’adoration des esprits de la nature qui habitent les arbres, les rivières et la montagne ; la vénération des ancêtres – locaux puis royaux ; enfin l’intégration du culte de divinités indiennes birmanisées. Avec les seules orientations 1 et 2, on obtenait une quantité innombrable de nats et un culte dont la centralisation était ingérable. La proximité locale séculaire des nats et l’accessibilité à tous du culte faisaient obstacle au prosélytisme bouddhiste. Anawratha (1044-1077), fondateur du grand royaume de Pagan (1044-1298) et promoteur d’une forme de bouddhisme d’état, s’essaya à l’éradication des nats : il interdit leur vénération à Pagan, détruisit les autels et condamna les sacrifices d’animaux rituels au Mt Popa, le centre névralgique des nats… – ce fut un échec. Les nats ne s’effacèrent pas devant le Bouddha d’Anawratha ; bien au contraire, les Bamars optèrent pour une pratique souterraine et domestique : ils reconstruisaient les autels d’adoration aux nats gardiens à l’intérieur des maisons.

Anawratha abandonna sa politique radicale et réussit un tour de force stratégico-religieux remarquable : il décréta la co-optation des nats et la limitation de leur nombre à 36 ; mieux, il introduisit leurs culte et effigies au sein même des pagodes (à commencer par la très sacrée Schwezigon de Pagan où ils furent placés au bas de la pagode - sujets physiquement et spirituellement en dessous de Bouddha) ; coup de génie, il les coiffa d’un trente-septième nat, Thagyamin. Consacré « roi des nats » par ses soins, Thagyamin détrônait de fait la puissance ancienne des esprits frêre et soeur (nats Mahagiri) fermement ancrés au Mt Popa (Mahagiri, maître du grand mont). Son origine, une divinité hindouïste dérivée d’Indra, instituait d’office la subordination de Thagyamin et de ses acolytes au bouddhisme ; dans une logique de sublimation théïste, Indra ayant antérieurement rendu hommage à Bouddha au nom du panthéon hindouïste, le nat dérivé d’Indra et les 36 déïtés qu’il dirige intégraient de facto une relation d’assujettissement au bouddhisme : Thagyamin devenait le nat gardien de Bouddha.

A partir de ce moment, les liens entre les deux croyances constitueront un écheveau inextricable.


Jusqu’au XIème siècle, les Birmans avaient coutume de créer de petites chapelles pour la construction des maisons ou la plantation d’un champs, la récolte... Comme toujours il s’agissait de déposer un nombre suffisant et régulier d’offrandes propiatoires (fleurs, nourriture...) pour ne pas offenser le nat gardien - avec par la suite une pratique bouddhiste ad hoc, dépossédée toutefois partiellement de son versant vengeur. Les nats de rang supérieur (esprits de personnages historiques aux histoires tragiques plus ou moins réelles ayant accédé à un statut supra-humain) disposaient d’autels de plus grande envergure. Ces nats avaient - ont - le pouvoir d’accomplir beaucoup de souhaits (d’où la survivance forte du culte) et de se venger terriblement à la moindre négligence. Depuis l’ère de Pagan, le nat gardien de la maison est resté enfermé dans ses murs (souvent vénéré sous la forme d’une noix de coco), fusionnant avec Mahagiri pour devenir Eindwin-Min Mahagiri (maître du grand mont (qui est)... à l’intérieur). L’adoration des esprits gardiens les plus anismistes se maintient en dehors de la maison ou de la pagode - au-delà du culte institutionnalisé sur le sol de celle-ci et limité à tout ou partie des 37 déïtés officielles.
Un rôle essentiel est dévolu au sayah (chamane). Comment cela fonctionne-t-il ? d’abord sur un système de protection globale (chaque famille vénère un nat spécifique en plus d’un ou deux nats parmi les plus puissants ; un nat peut correspondre selon le sayah à chacun individuellement en fonction de sa naissance ou de son histoire ; certains nats demeurent uniquement associés à certains villages quand celui-ci n’a pas choisi une déïté générique) puis sur un système de protection évènementielle (une bonne récolte requiert telle cérémonie dédiée à tel ou tel nat que la légende a rendu plus sensible à la concrétisation de tel ou tel voeu ; le voyageur se place sous les bons auspices d’un autre, idem pour l’étudiant qui veut réussir son examen ou le soldat partant au combat) - voire accidentelle (l’offrande insuffisante ou faite au mauvais nat a justifié le malheur ou l’accident - aléa de la vie que le sayah peut réparer en agissant auprès des esprits concernés). Nat-pwe et nat-gadaw (cérémonie et pièce, hommages exclusifs aux nats) réconcilient les esprits et la société (y compris les exclus, les épouses des nats officiant pour le culte étant principalement une caste d’homosexuels ; leurs sont confiés les enfants pauvres de familles déshéritées).

Une place particulière est accordée aux nats Mahagiri. Selon la Chronique du palais des glaces, ils constituent l’âme d’un frère et d’une sœur qui, injustement persécutés par le roi Thinlikyaung (344-387), sont entrés dans le corps d’un arbre flottant le long de l’Irrawady jusqu’à Pagan où les artistes locaux ressuscitèrent l’image du seigneur du grand mont et de la femme au visage doré. Après diverses péripéties ceux-ci trouvèrent refuge au Mt Popa – depuis le lieu de culte absolu, la « maison » des nats.

De cette histoire mouvementée découle l’adoration des statuaires : elles sont enturbannées, couvertes d’offrandes, vénérées. Les familles riches qui disposaient des plus larges autels les mettaient à la disposition du village ou du quartier lors de parades rituelles. La pagode et son autel n’ont jamais eu l’exclusivité du culte des nats même si toute cérémonie bouddhiste birmane incorpore et tolère souvent quelque esprit gardien. La statuaire nat est habitée par l’esprit gardien, bénie par le sayah ou le bonze - et en cela la statue est déjà le lieu du culte. Les nats revendiquent cependant quelques terres définies : le Mt Popa, Khaiktiyo, des banians et rivières sacrées... S’y retrouvent les déïtés officielles (listées ci-après), les nats anciens tombés en désuétude, les variations quasi-claniques des nats reconnus, les déïtés locales et esprits animistes divers. La plupart des Birmans confient leur vie future à Bouddha et leur vie quotidienne aux nats. La seule vraie question semble alors : à quel nat ?


source, Ethnican

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